Mince consolation pour Fort McMurray

Mince consolation pour Fort McMurray

by Charles-Antoine Carra

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« Le principal problème, étonnamment, ne se pose pas à ceux dont la résidence a été rasée par les flammes.  »

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Combien d’entre vous connaissaient Fort McMurray il y a de cela une dizaine de jours? On savait que c’était le cœur de l’industrie des sables bitumineux. On savait que c’était une ville isolée du nord de l’Alberta. Ici et là, on entendait les quelques déboires de cette ville où il y a trop d’hommes à la recherche du Klondike moderne. Ces déboires, ils seront peut-être chose du passé, malheureusement remplacés pour pire encore. Depuis une dizaine de jours, 20 % de la ville a brulé. Dans une ville de près de 80 000 habitants, c’est plus de 15 000 personnes qui ne retrouveront pas leur maison. Et le feu court toujours. À ce jour, plus de 4 fois la superficie de la ville de Montréal a brulé dans les feux de forêt les plus destructeurs de l’histoire canadienne.

Plusieurs personnes m’ont abordé depuis les derniers jours : « C’est Act of God, hein? C’est pas assuré ça, hein? » Heureusement, ils ont tort. L’incendie est une couverture de base. Tout assuré ayant un contrat d’assurance en bonne et due forme sera indemnisé, habituellement selon ces prémisses : en valeur à neuf s’il reconstruit, en valeur au jour du sinistre s’il décide d’encaisser un chèque et de ne pas reconstruire. Théoriquement, les compagnies d’assurance devraient se dépêcher à payer, et ce, pour plusieurs raisons.

1- La cause : Tout à fait évidente, il n’y aura pas lieu de faire enquête, la cause est bien connue

2- La valeur : Le montant à payer devrait être le maximum payable en cas de sinistre. En effet, il est habituellement plus simple de régler une perte totale qu’une perte partielle; terrain possible de longues négociations.

3- L’image : Les assureurs auront tout intérêt à dépêcher des équipes efficaces, compétentes et à gagner le jeu de la bonne citoyenne corporative en espérant que certains de ses compétiteurs ne soient pas aussi clairvoyants.

Voyez, ceux qui ont tout perdu n’ont certainement pas tout perdu. En fait, je ne m’inquiète presque pas pour ceux qui ont tout perdu. Je m’inquiète davantage pour ceux qui n’ont rien perdu. Pourquoi?

Le principal problème, étonnamment, ne se pose pas à ceux dont la résidence a été rasée par les flammes. Elle se pose à ceux qui détiennent une résidence qui tient encore debout. Lorsque vous regardez les images de la catastrophe, c’est là que le fameux Act of God semble s’être matérialisé. Il y a, çà et là, quelques maisons intactes au milieu d’un désert de cendres comme si une force extérieure avait protégé ces maisons sans raison apparente. Ces maisons, miraculées par des vents favorables où je ne sais quelle distance suffisante des flammes, tiennent comme seules témoins du désastre qui a transformé la ville à tout jamais. Ce sont ces propriétaires de maisons, qui n’auront peu, ou pas, été touchées, qui le seront le plus à l’avenir. Ces propriétaires, qui ne toucheront pas un cent dans cette vaste évacuation, rentreront à la maison d’ici quelques semaines. Ils y retrouveront leurs souvenirs, leurs photos, leurs bibelots, mais la vie ne sera plus jamais la même. Ils ne retrouveront pas leurs voisins. Leurs enfants n’auront plus de copains. Les commerces ne seront plus à proximité. Dans le meilleur des cas, leurs voisins se reconstruiront peu à peu, ils vivront dans un véritable chantier de construction pendant des années. Dans le pire des cas, leur quartier sera abandonné. Les sinistrés auront un chèque. Les épargnés demeureront seuls, endettés de leur maison payée à fort prix alors que Fort McMurray connaissait sa petite crise du logement. Avec les prix actuels du pétrole sur les marchés mondiaux et le coût d’extraction de celui-ci, fort à parier que certains quartiers ne seront carrément jamais reconstruits.

Fort McMurray se relèvera-t-elle? Cette catastrophe sonnera-t-elle le glas des impopulaires sables bitumineux? Bon, j’exagère peut-être. Mais on parle quand même de 9 milliards de dollars de dommages. N’empêche, des régions ont déjà été fermées. Les causes, l’époque, les raisons, l’ampleur de la ville, tout ça était différent, mais saviez-vous qu’on avait déjà mis la pelle dans une ville de 5000 personnes au Québec? Ça s’appelait Gagnonville.

Auteur Lareau - Charles-Antoine Carra
Charles-Antoine Carra

Directeur - Service aux particuliers